
Lors de la manifestation du 2 mai dernier, des militant.e.s du groupe Alliance ouvrière ont guillotiné une marionnette représentant le ministre du Travail de la CAQ, Jean Boulet. Depuis quelques jours, ce geste est condamné unanimement par les médias, les partis politiques et incidemment par les directions des centrales syndicales qui étaient présentes lors de la même manif. Le ministre Boulet dit vouloir porter plainte et le Service de police de la ville de Montréal (SPVM) aurait ouvert une enquête.

Rien de nouveau
N’en déplaise à la CAQ, ce genre d’action symbolique existe pourtant depuis belle lurette, au Québec comme ailleurs. Au 19e siècle, les partisans libéraux pendaient en effigie des ministres conservateurs. Avant eux, des partisans de l’Empire (loyalistes) maltraitaient l’effigie d’un homme politique anglais jugé trop conciliant à l’égard des Patriotes incarcérés. Les syndicats qui condamnent aujourd’hui ce geste l’ont abondamment posé dans les années ‘60, ’70 et ’80, période pendant laquelle de multiples mannequins représentant symboliquement des politiciens, des patrons ou pire, des scabs, furent brûlés ou pendus.
Les centrales se dissocient
Le scandale médiatique aura réussi à unir les centrales contre la soi-disant « violence » militante. C’est à se demander si leurs dirigeant.e.s oublient que le 1er mai est né de la dénonciation de la répression du mouvement ouvrier révolutionnaire à Chicago en 1886. Malgré ces déclarations syndicales, les caquistes ont trouvé le moyen de se plaindre, allant jusqu’à exiger entre les lignes que les centrales garantissent la pacification de leurs actions militantes.
Un écran de fumée
Si la classe des dirigeants politiques, médiatiques et syndicaux s’insurge contre la violence symbolique carnavalesque d’Alliance ouvrière, rappelons qu’elle n’a pas dit un mot sur la violence physique (bien réelle) subie par les manifestant.e.s tabassé.e.s vendredi dernier par la police lors de la manifestation anticapitaliste. De multiples témoignages rapportent la « rare violence » (véritable celle-là) déployée par les escouades antiémeutes du SPVM et de la SQ qui ont matraqué, poivré, chargé et piétiné les personnes présentes. L’intégrité symbolique des politicien.ne.s est manifestement plus importante que l’intégrité physique des manifestant.e.s anticapitalistes.

Derrière le symbolisme de la guillotine
Notons au passage que la guillotine est historiquement utilisée par les gouvernements pour infliger la peine de mort. La Révolution française représente un rare moment historique où cet outil d’oppression a été utilisé contre l’oppresseur, d’où la subversion symbolique du régicide à l’origine de l’initiative d’Alliance ouvrière.
Pour les libertaires que nous sommes, comme l’expliquait Proudhon à son époque, la Révolution française n’a pourtant pas mis un terme à la misère et à l’oppression. Une révolution digne de ce nom met un terme aux conditions qui permettent l’exercice du pouvoir et de l’exploitation. Dans ce sens, nous ne sommes pas non plus « pro-guillotine » même si sa forte symbolique militante puisse être utile. L’autoritarisme économique et politique de l’État et du capitalisme est partagé entre tous les partis une fois au pouvoir, une raison d’État qui nous maintient sous sa botte depuis déjà trop longtemps. Ainsi, ce n’est pas le ministre Boulet spécifiquement qui est la cause de nos maux, mais l’existence même d’un gouvernement et du capitalisme.

Solidarité!
Le Cercle des ami.e.s de l’AIT de Montréal se solidarise donc avec les membres d’Alliance ouvrière qui sont présentement la cible d’un matraquage médiatique monté en épingle, qui n’a d’autre but que de stigmatiser le militantisme ouvrier. Ce faisant, la CAQ se ridiculise à nouveau par l’insignifiance de ses interventions politiques. Nous pensons que cette mascarade est un écran de fumée qui masque la violence réelle que nous fait subir ce gouvernement. Malgré la cuisante défaite électorale qui attend sans doute la CAQ l’automne prochain, nous devrons tout de même continuer de lutter contre les lois antisyndicales, contre notre appauvrissement et contre la paix industrielle. Il serait temps qu’on commence à construire collectivement en tant que classe les conditions sociales et matérielles nécessaires à l’émancipation intégrale de nos vies: le communisme libertaire.
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